Boulets-frites sans culpabiliser

Ou comment j'ai appris à manger

État des lieux

Partager que l’on travaille comme nutritionniste, c’est une réalité qui peut éveiller toute une série de projections dans les situations de la vie quotidienne.

Par exemple, quand je vais manger à l’extérieur, au moment de la commande, je rencontre souvent des regards amusés et malicieux, accompagnés de phrases du genre « Oh ben ma pauvre, que vas-tu manger ? Pas de salade verte ni de poisson grillé, pas de pain sans gluten ou d’eau bio »

S’ils savaient…

Souvent aussi, ça éveille l’imaginaire. J’entends souvent des remarques ou des réflexions: ‘Tu dois sûrement manger sainement toi, avec ton job ’, ou encore ‘Tu sais, je mange pas tous les jours comme ça mais aujourd’hui, justement, tu comprends, c’est l’anniversaire de mon neveu’.

Comme si ce job faisait de moi quelqu’un de sage, de modéré, de consciencieux.

S’ils savaient…

Mon histoire avec la nourriture a été mouvementée et colorée par toute une série de croyances, d’expériences et à vrai dire, je n’en regrette aucune. Elle a construit pas à pas le long chemin que j’ai parcouru et la personne que je suis devenue.


Du sucre? OUI!

Quand j’étais petite, je me relevais en cachette la nuit pour aller grignoter des sucreries… A tel point que maman devait les cacher derrière la bibliothèque… Qu’à cela ne tienne, je cherchais minutieusement et je finissais toujours par trouver. Au solfège, dont je manquais invariablement le premier quart d’heure, je troquais les notes contre les différentes couleurs des friandises que je venais d’acheter à l’épicerie d’en face. Je préférais ceux à la réglisse. C’est toujours le cas.

 

Dès que j’ai eu de l’argent de poche, j’épargnais. Tout mon argent. Pour avoir le plaisir de tout dépenser en une fois. En bonbons évidemment. Et manger tout en une fois. Quel plaisir, ma bouche n’était plus que sucre.

D’où me venait ce palais sucré ? Cette gourmandise permanente ? Cette obsession pour tout ce qui était sirupeux ? Aucune idée. Mais elle ne me lâchait pas.

Mais c’est resté assez longtemps. Quand j’ai suivi mes premiers cours de cuisine, c’était de la pâtisserie. Je n’aimais pas ça à la base. Mais j’ai fini par aimer. Vous imaginez le tableau ?

 

Bref, pendant longtemps, j’ai avalé

kilo de sucre sur kilo de sucre.

Sans aucune conséquence.


Un long chemin...

Ne pensez pas que je m’en suis tenue au sucre en terme d’alimentation pas très saine … Mes premiers réels pas en cuisine ont eu lieu dans le studio que mes parents me louaient pour mes études. J’ouvrais méticuleusement des boites de raviolis que je dévorais bien chauds. Je prenais les plus chers du magasin et je trouvais donc que je mangeais bien. Parfois, je cuisais des légumes, à l’eau, et je faisais une sauce magnifique avec de la crème épaisse. Je me demandais comment il était possible que je n’aie jusque là testé cuisine aussi bonne.

Ben oui, quand j’étais petite, maman travaillait énormément et nous préparait des repas sains, mais qui me semblaient ennuyeux. Par exemple, on ne mangeait des pâtes qu’une fois tous les 15 jours. Du coup, une fois que j’ai obtenu la liberté de manger ce que je voulais, je suis passée au rythme d’une fois tous les deux jours !

Parfois, jours de fête, je me donnais en cuisine et je préparais des dizaines d’amuse-bouche. Déjà à l’époque, j’adorais chipoter en cuisine et inventer. Souvent c’était réussi. Parfois, pas. Comme un essai de smoothie avocat/champagne. N’essayez pas. Jamais. Vraiment.


J’ai mangé ainsi pendant longtemps. Jusque 2006 je dirais. Puis peu à peu, mon assiette a commencé à changer. Trèèèèès progressivement.

Quand j’ai ouvert mon resto, le 7&3, je faisais des petits déjeuners, déjeuners, goûters, dîners et j’achetais beaucoup de farine, crème, œufs, lait, Nutella, pâtes, fromage etc. etc.

Je faisais plein de petites choses (wapas – world tapas) avec beaucoup d’amour. Des crêpes, des tartines de choco, des pâtes aux légumes, des veloutés crémeux (aujourd’hui encore mais j’ai remplacé la crème fraiche par le Vitamix, oh mon amour)


Puis en 2008, au hasard d’une coïncidence, j’ai changé mon fusil d’épaule. A vrai dire, je ne me rappelle plus bien comment ça s’est fait. Je voudrais vous raconter une histoire intense genre : j’ai eu une grave maladie et j’ai décidé de changer mon assiette. Mais ce n’est pas vrai. Je pense que tout doucement, j’ai modifié ma façon de cuisiner.

Je me rappelle que peu à peu, j’ai été de plus en plus vers ce qui résonnait en moi. Ça m’a pris beaucoup de temps.

Mi 2009, j’ai changé ma carte au resto… La cuisine est devenue bio et sans lait, sans gluten.

 

 

Elle changeait au gré des saisons et de mon envie. La carte contenait un plat végétarien, un plat gourmand avec viande ou poisson et des préparations à base de légumes. Comme je travaillais seule, la carte s’est de plus en plus affinée, pour ne plus garder à la fin qu’un menu, adaptable suivant les besoins de chacun. Ça m’a amenée à m’interroger sur les produits alternatifs au blé, au lait et aux protéines animales.

Peu à peu, j’ai tracé un chemin que j’ai de plus en plus affiné en fonction de mes envies, de mes valeurs et de mes croyances.

Trois ans après l’ouverture, j’ai fermé mon resto pour changer de route et diminuer ma charge de travail. J’ai été travailler en agriculture bio, en Espagne. Là, j’ai découvert que tout ce qu’on racontait n’était pas vrai.

L’agriculture en Espagne, ce n’est pas que les fraises bourrées de pesticides, il y aussi des petits producteurs qui sont engagés et qui font du bon boulot. J’ai eu la chance d’en rencontrer et d’échanger sur le circuit du produit du champ à l’assiette.

Bien entendu, ce n’est pas le pays des Bisounours… Beaucoup d’agriculteurs travaillent aussi le bio parce que c’est rentable et que la demande augmente de plus en plus. Cependant, parmi les personnes que j’ai rencontrées, le travail était souvent bien fait et respectueux. J’ai eu la possibilité de rencontrer les intermédiaires et de participer à chaque étape de la commercialisation.

Là-bas, j’ai fait mon bonhomme de chemin, vécu les deuils de certaines croyances et me suis émerveillée tout autant. Puis je suis revenue en Belgique.

 

Entre-temps, j’ai pris la décision de continuer à orienter ma vie professionnelle en suivant mes passions, à savoir l’alimentation et toutes les émotions liées à l’assiette. C’est ainsi qu’après un long travail personnel d’une vingtaine d’années, j’ai pris la décision de passer de l’autre côté et de mettre mon expérience au service de personnes qui pouvaient se sentir perdues face à leurs repas.

Mes formations en nutrition et en psychothérapie ont été un sacré tremplin dans ma vie privée et professionnelle ainsi que dans mes recherches personnelles. La méditation tient une place de choix au quotidien. L’Alimentation en Pleine Conscience que j’ai découverte grâce à Caroline Baerten et Jan Chozen Bays ainsi que la CNV que j’ai redécouverte grâce à Isabelle Padovani m’ont aidée à me sentir de plus en plus juste dans ce que j’entreprenais.


Dans toutes les directions

En alimentation alternative ou restrictive, depuis 2008, j’ai essayé beaucoup de choses : les laits végétaux, les pâtes de riz ou sans gluten, les steaks végétariens, le soja et dérivés, le régime paléo, Dukan, soupe, WW, Cohen et autres. J’ai testé l’alimentation hypotoxique façon Seignalet, la chrononutrition, le régime FODMAP, le « sans lait, sans gluten », le « sans sucre », la méthode France Guillain, l’audit de Taty Lauwers, les légumineuses à tout va, les super-aliments, les produits lights,

J’ai ramé, changé, été à l’endroit et à l’envers, suis revenue sur mes pas et ai redémarré de plus belle. J’ai testé, foiré, gagné, imaginé, refait, pensé, testé, pesté. Encore et encore.

Peu à peu cependant, je sentais bien que j’avançais dans la bonne direction. La mienne. Celle que je choisissais jour après jour.


Et maintenant?

Je ne pense pas que mon chemin en alimentation soit terminé mais je ne suis plus aussi vacillante qu’avant. Probablement parce que je suis beaucoup plus attentive à mes sensations, mes émotions, et que ça me permet de changer de cap si besoin. Je suis très attentive à la tendance que je peux avoir à m’apaiser avec du sucre.

Bref, pour répondre à votre question de départ, pour moi, ce sera des boulets sauce tomate avec des frites, le tout fait maison évidemment, et une grosse salade verte avec de l’huile d’olive et du citron (pas de dressing light, non merci). Je vous recommande d’ailleurs ceux de l’Amirauté à Tilff, mon dernier coup de cœur.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Et bien pour illustrer ce que je chante à qui veut l’entendre : le poids n’est pas qu’une question de calories, la santé n’est pas qu’une question de nutriments. Comme toujours, il s’agit d’une histoire complexe et riche, faites de petits pas en avant et en arrière, ça prend du temps. C’est ce qui fait la beauté du chemin.

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